Musique contemporaine

Très encré dans les nouvelles pratiques de l'accordéon, Yohann Juhel collabore avec plusieurs ensembles contemporains et jeunes compositeurs à l'élaboration d'un répertoire innovant. Ces rencontrent l'amènent à travailler avec l'Ensemble Intercontemporain, l'ensemble « Diagonal », l'ensemble Écossais « Red Note » ainsi qu'avec l'Opéra de Paris lors de la création de l'opéra « Trompe la Mort » de Luca Francesconi en mars 2017.

Il travail avec des compositeurs comme Alex Nante, Nuria Gimenez, Naoki Sakata, Giulia Lorusso, Francesco Venturi, Julien Vincenot, Sam Taylor, Ko Sahara, Denis Fargeton, Daniel Figol Cuevas, Thomas Menuet ou encore Patricia Alessandrini.

Mémoire de l'eau

Une pièce pour accordéon et live computer de Julien Vincenot (2015)

La mémoire de l'eau est le nom d'une théorie controversée, à la frontière entre médecine, biologie numérique et physique quantique. Elle s'illustre par une simple expérience, où un échantillon d'ADN est dilué dans l'eau à de nombreuses reprises. Cette démarche, appelée « haute dilution », reviendrait à sa 24e exécution à jeter cet échantillon dans l'océan Atlantique. L'eau reste alors « informée » par les molécules d'ADN qui l'ont traversée, bien qu'il n'en reste plus la moindre trace. Les motifs électromagnétiques propres à l'ADN initial ont en effet été piégés à l'intérieur de groupes de molécules d'eau, appelés domaines de cohérence. Ces variations électromagnétiques émanant de l'eau sont enregistrées, numérisées puis analysées. Elles sont ensuite transmises par internet à un autre laboratoire, qui parvient à reconstituer la structure de l'ADN après en avoir « imprégné » un tube d'eau pure pendant une longue durée. L'eau « écoute » en quelque sorte la musique électromagnétique qui lui est présentée, et finit par reconstituer, dès qu'elle est jointe aux éléments de base de tout ADN (nucléotides, polymérase...), la structure exacte de l'échantillon de départ.

La forme de la pièce s'inspire des différentes étapes de cette expérience : identité, hautes dilutions successives, numérisation, transmission, imprégnation et libération d'une nouvelle identité. La partition, qui navigue entre écriture stricte (intégralement générée par ordinateur) et quelques moments d'improvisation dirigée, est affichée sur un écran face à l'interprète. Ce dispositif permet une très grande précision dans la synchronisation avec l'électronique, tout en ménageant de larges espaces de liberté. Le haut niveau de virtuosité demandé à l'interprète se veut représentatif de ces états successifs de la matière, très définie au départ, puis de plus en plus fragmentée. Le matériau devient alors plus diffus, avant de ressurgir presque comme purifié, semblable à l'identité de départ mais néanmoins autre. L'évolution des sons électroacoustiques et des traitements en temps-réel sur l'accordéon donne également à entendre, jusqu'à l'échelle la plus infinitésimale, différentes typologies de matériaux évoquant l'état liquide, dans sa tranquillité comme dans sa frénésie la plus extrême.

Cette pièce a été composée en étroite collaboration avec Yohann Juhel, qui a pris part très activement dans le processus de création.

Julien Vincenot
http://julienvincenot.com

À l'écoute

Jeux d’anches – Magnus Lindberg

Scroll to top